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Vigne & Cuve

Œnologie : comprendre la science du vin, de la vigne à la cuve

La science du vin relie la chimie du raisin, la microbiologie de la fermentation et le goût final — et le métier qui la met en pratique au chai.

Rangs de vigne palissés sur un coteau à la tombée du jour, sol travaillé entre les rangs
La chaîne étudiée par l’œnologie commence à la parcelle, bien avant la cuve.

Dans un chai en pleine fermentation, la densité d’une cuve est relevée deux fois par jour et la température presque en continu. Ces deux nombres, notés à la main sur une fiche accrochée à la cuve, décident de gestes irréversibles : remonter le jus, refroidir, laisser courir. C’est à ce niveau de détail que se joue la science du vin, bien avant les discussions sur le goût.

La discipline couvre la chaîne complète qui va du raisin au vin en bouteille : composition de la baie, conduite des fermentations, élevage, stabilisation, mise. Elle emprunte à la chimie analytique, à la microbiologie et à la physique des transferts, et elle se termine sur un jugement sensoriel que l’instrument ne remplace pas.

Ce que l’œnologie étudie, et ce qu’elle laisse à la viticulture

Le partage est ancien et reste utile. La viticulture porte sur la plante : choix du porte-greffe, taille, protection sanitaire, date de récolte. L’œnologie prend le relais au moment où le raisin entre dans le chai. La frontière est cependant poreuse, parce que la composition du raisin fixe la marge de manœuvre disponible ensuite : un moût déséquilibré en acidité ne se corrige pas complètement en cuve, et l’essentiel des décisions de vinification consiste à travailler avec ce que la parcelle a donné.

C’est pourquoi la surveillance de la maturité, sur les dernières semaines avant la récolte, appartient aux deux mondes. Sucres, acidité totale, pH, état sanitaire des grappes : les mêmes analyses servent à décider la date de vendange et à préparer la conduite de la fermentation.

La science du vin s’est construite sur des maladies, pas sur des arômes

La science du vin est née d’un problème économique. Les altérations qui rendaient les vins invendables (piqûre acétique, tourne, amertume) étaient constatées sans être expliquées. En 1866, Louis Pasteur publie Études sur le vin, où chaque maladie est rattachée à un ferment particulier et où le rôle de l’oxygène de l’air est établi. Le vin devient un objet de laboratoire.

Le second déplacement est plus tardif et concerne la description du produit fini. À Bordeaux, dans la seconde moitié du XXe siècle, l’analyse sensorielle est formalisée : la dégustation cesse d’être un avis pour devenir une procédure, avec un ordre d’examen, des conditions matérielles contrôlées et un vocabulaire partagé. Ce sont les deux versants de la science du vin telle qu’elle s’enseigne aujourd’hui : l’analyse instrumentale et l’analyse sensorielle, employées à la même décision.

Le métier qui porte la discipline

L’œnologie n’existe pas seulement comme champ d’étude : elle est exercée. En France, le titre d’œnologue est réservé par la loi n° 55-308 du 19 mars 1955 aux titulaires du diplôme national d’œnologue, et son usurpation est sanctionnée. La France a été le premier pays à créer ce titre, ce qui explique une partie de l’organisation actuelle de la profession.

Au niveau international, c’est l’Organisation internationale de la vigne et du vin qui a fixé une référence commune. La résolution OIV-ECO 492/2013, adoptée en juin 2013, décrit le champ d’activité de l’œnologue : production du raisin, transformation, production du vin, contrôle de la production, commercialisation et adaptation des produits au marché. Une seconde résolution, en 2016, a précisé les programmes de formation correspondants. Ce cadre vaut indépendamment du statut juridique local, ce qui est utile puisque tous les pays producteurs n’ont pas légiféré sur le titre.

Le métier ne se réduit donc ni au laboratoire ni au chai. Il couvre un enchaînement de décisions techniques dont certaines, prises en quelques heures pendant les vendanges, ne se rattrapent pas.

Les mesures qui reviennent tous les jours

La discipline se pratique avec un petit nombre d’analyses répétées. Avant la récolte, la teneur en sucres, l’acidité totale et le pH donnent l’état de maturité. Pendant la fermentation, la densité mesure la consommation des sucres et la température signale un emballement ou un ralentissement. Après les fermentations viennent le dosage du soufre libre et total, le contrôle de l’acide malique résiduel, qui indique si la fermentation malolactique est achevée, et les analyses microbiologiques avant la mise.

Aucune de ces mesures n’est spectaculaire. Leur intérêt tient à la répétition : c’est la série, et non le relevé isolé, qui permet de repérer une dérive avant qu’elle ne devienne irréversible. Un chai bien tenu produit ainsi plusieurs milliers de valeurs par campagne, dont l’essentiel ne servira qu’à confirmer que tout se passe normalement.

Trois entrées pour commencer

Ce que les chiffres de la filière mesurent

Les statistiques disponibles portent sur les surfaces, les volumes produits et la consommation, publiés par l’OIV, dont les 51 États parties représentent environ 75 % du vignoble mondial, 87 % de la production et 71 % de la consommation de vin. Les effectifs professionnels, eux, ne font l’objet d’aucun décompte mondial vérifiable — et l’absence de ce chiffre dit quelque chose d’exact sur la profession : le mot ne recouvre pas partout la même réalité juridique.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre œnologie et viticulture ?

La viticulture porte sur la conduite de la vigne : sol, taille, protection du végétal, date de récolte. L’œnologie porte sur le raisin récolté et sur tout ce qui suit — fermentation, élevage, stabilisation, mise en bouteille. Les deux se recouvrent largement, puisque la composition du raisin décide de ce qui est possible en cuve.

L’œnologie est-elle une science ou un savoir-faire ?

Les deux, et l’histoire de la discipline est précisément celle de leur rencontre. Les pratiques de cave sont très antérieures à leur explication : c’est Louis Pasteur qui, avec les Études sur le vin de 1866, rattache les altérations du vin à des micro-organismes identifiés. La décision technique reste cependant un jugement, appuyé sur l’analyse.

Faut-il être œnologue pour faire du vin ?

Non. En France, le titre d’œnologue est protégé par la loi, mais produire du vin ne suppose pas de le détenir. Beaucoup de domaines travaillent avec un œnologue conseil extérieur plutôt qu’avec un salarié à temps plein.

Qui définit ce que fait un œnologue au niveau international ?

L’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) a adopté en juin 2013 la résolution OIV-ECO 492/2013, qui décrit le champ d’activité de l’œnologue, puis en 2016 une résolution sur les programmes de formation correspondants.